« Sortie digitale », « dématérialisation », ou simplement, téléchargement ?

Je lis plusieurs fois par jour la formule « sortie digitale », dans un contexte musical. Mais qu’est-ce que cela signifie ?…

Si je traduis en français, cela donne : sortie numérique. Mais cette traduction ne semble pas pertinente puisque la musique sur CD est elle aussi numérique. Ce que « sortie digitale » désigne, c’est tout simplement une sortie en téléchargement. Oh la la ! Quel gros mot : téléchargement… Apparemment, tout le monde ne semble pas disposé à l’utiliser, le suspectant sûrement d’une connotation illégale. Et puis, « digital », c’est aussi pour la frime à l’américaine… Alors, plutôt que d’aller vers téléchargement, éventuellement en précisant téléchargement légal, on nous dit « sortie digitale ». Personnellement, sortie en téléchargement me conviendrait tout à fait !

Je lis aussi très souvent le mot « dématérialisation », dans différents contextes, notamment celui des jeux vidéo. Dématérialisation… Vraiment ???

Y a-t-il vraiment dématérialisation quand un jeu est mis à disposition sur des serveurs, distribué en passant par d’autres machines constituant Internet et stocké sur des disques durs, cartes mémoire, etc. ? Ce n’est pas parce que le jeu n’est plus distribué en boîte, ce n’est pas parce qu’il n’est pas vendu sur un support physique, qu’il y a pour autant dématérialisation. Là encore, téléchargement suffirait.
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Lhasa de Sela, et ce que j’aime le plus en musique

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J’ai appris aujourd’hui que le concert de Lhasa de Sela prévu le 19 octobre à l’Olympia était annulé. C’est une bien triste nouvelle… Vais-je pouvoir assister à un autre concert ?… J’ai beaucoup écouté ses deux premiers albums, avec un faible pour la chanson La Celestina (issue de La Llorona, sorti en 1998). Et en ce moment, je me régale avec le troisième album, intitulé simplement Lhasa. Cet album contient une chanson que je me passe régulièrement en boucle : Love Came Here. Il se trouve qu’elle représente de mon point de vue un certain accomplissement musical. En effet, cette chanson regroupe à elle seule l’essentiel de ce que j’aime le plus en musique.

Ce que j’aime le plus en musique… C’est la question que je me suis posée en allant retrouver Pierre Journel il y a quelques semaines. Il lançait un nouveau podcast : La Chaîne Guitare. Et il m’avait proposé en quelque sorte de lui servir de cobaye en répondant à ses questions axées sur la passion pour la guitare (voir l’interview). Finalement, je n’ai pas utilisé les notes que j’avais prises dans le train sur ce que j’aime le plus en musique, mais les voici : liberté, sensualité, mélange, personnalité, énergie et onirisme.

La liberté : comme l’air insufflé par l’esprit du jazz, comme l’anticonformisme du rock, comme l’énergie du blues. Dans Love Came Here, on la retrouve partout. Mais je pense surtout au solo de guitare, tout juste sorti de nulle part. Ce guitariste est d’ailleurs en totale liberté sur tout le morceau, jusqu’à la dernière note, presque fantomatique. Notons au passage que cette chanson ne dispose pas de refrain, une liberté de plus.

La sensualité : celle dégagée par les petites formations dont l’émotion de chaque membre est perceptible, celle de la couleur sonore d’un instrument acoustique, celle d’un album à la réalisation organique (le premier d’Adrienne Pauly par exemple), celle des morceaux d’Antonio Carlos Jobim. Love Came Here, c’est (presque) tout ça. Il y a cette contrebasse, envoûtante… Il y a la voix de Lhasa de Sela : profonde, libre, émouvante. Et puis il a le texte, l’éternité d’un amour.

Le mélange… Tiens, comme les multiples expériences musicales de DJ Zebra ! Love Came Here ne connaît pas de frontières. Lhasa de Sela et ses musiciens intègrent ce que le monde a à leur offrir. Love Came Here nous transmet cette richesse.

La personnalité : art, création… Ou plus prosaïquement : originalité, innovation… Love Came Here est pour moi une création artistique d’une grande ampleur, ne serait-ce que par cet aspect : un point de vue personnel sous une forme que je n’avais jamais entendue.

L’énergie : celle d’une guitare qui claque, comme celle d’Angus Young sur Back in Black, comme le premier album de Rage Against The Machine. Oui, Love Came Here propose aussi des accords plaqués à la guitare qui sont d’une grande puissance, sur les coups de caisse claire de la batterie. Justement, la batterie, elle relance le morceau à l’occasion du troisième couplet. On ne peut qu’être emporté.

L’onirisme : comme celui du film Dead Man (de Jim Jarmusch, avec Johnny Depp), comme celui du phrasé de David Gilmour à la guitare sur les nombreux albums de Pink Floyd, comme celui du texte de La nuit je mens chanté par Alain Bashung. Par sa simplicité et sa précision, la réalisation sonore de Love Came Here nous offre un espace particulièrement large, tout comme le jeu à la guitare solo que j’évoquais plus haut. C’est tout un monde que Lhasa de Sela nous propose d’explorer.

Pour le dire de manière plus succincte : la chanson Love Came Here constitue un lieu esthétique où je me sens extrêmement bien.